Aujourd’hui, le 1er mars, c’est le Samiljeol. Ce jour férié commémore le premier mouvement d’indépendance d’envergure que les Coréens ont entrepris contre l’occupation nipponne (1910-1945).
Le 1er mars 1919, les Coréens se soulevèrent massivement contre le Japon qui occupait la Corée depuis 1910. Lancé depuis Séoul, ce mouvement gagna rapidement le reste du pays, jusqu’aux villages les plus reculés de la péninsule.
Différents groupes religieux et indépendantistes s’étaient alliés pour l’organiser et revendiquer l’indépendance de la Corée à cette occasion.
Les jeunes étudiants participèrent activement à l’organisation du mouvement à l’instar de cette célèbre résistante Yoo Gwan-soon. Alors âgée seulement de 17 ans, elle fut emprisonnée et torturée avant de s’éteindre à l’âge de 18 ans. Dès lors, elle devint l’une des figures les plus emblématiques du mouvement du 1er mars.
Pris de court par l'ampleur de ce soulèvement général, qui dura pendant deux mois, Tokyo opta pour une répression sanglante. Plus de 7 509 Coréens furent tués ,15 850 blessés et 45 306 personnes arrêtées tout au long de ce mouvement.
Et la Corée dut attendre encore 26 ans pour retrouver son indépendance le 15 août 1945.
Même s’il n’a pas abouti à la libération immédiate du pays, le mouvement du 1er mars revêt une importance capitale pour l’histoire de Corée à plusieurs égards.
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D’abord, parce que ce mouvement indépendantiste s’inscrit dans la longue tradition du pays dont le peuple n’hésite pas à manifester sa résistance contre le pouvoir qui opprime sa liberté quel que soit sa nature. Déjà, bien avant le début de l’occupation, des soulèvements populaires s’enchaînèrent contre la classe dirigeante corrompue et incompétente tout au long du 19e siècle. Sans parler de ces résistances farouches que le peuple entier, quelle que soit sa classe, avait opposé contre les envahisseurs comme la dynastie chinoise Shu et Tang au 6e et au 7e siècle, les Khitans au 10e siècle, les Mongoles au 13e siècle, les Japonais au 16e siècle et aux Mandchous au 17e siècle.
Idem pour après la libération. Nos citoyens ne cessèrent de s’opposer à des présidents qui rêvèrent de rester à vie au pouvoir. Dernier exemple en date : le tribunal a condamné à prison à vie l’ex-président Yoon Suk-yeol pour avoir proclamé anticonstitutionnellement la loi martiale le 3 décembre. Ce coup d’Etat put être pacifiquement levée en moins de deux heures et demi grâce cette aspiration pour la liberté du peuple coréen « infiltré jusqu’à nos os pour devenir notre ADN. » selon un avocat qui plaida pour la destitution de Yoon à la Cour constitutionnelle.
Ensuite, ce mouvement permit à différents groupes résistants de se réunir et de mettre en place le gouvernement provisoire de la République de Corée un mois plus tard à Shanghai (le 11 avril 1919). Il joua un rôle fédérateur dans la lutte contre les autorités coloniales jusqu’à la fin de l’occupation en 1945.
Par ailleurs, il s’agissait du premier régime du pays démocratique et républicain. Ainsi, la République de Corée (Corée du Sud) évoque ce mouvement dans le préambule de sa Constitution en affirmant avoir hérité son esprit. La Constitution fut révisée huit fois jusqu’en 1987. Mais même les dictateurs qui déformèrent cette dernière en leur faveur n’osèrent toucher à cette phrase qui débute le texte fondateur de la République.
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Voilà, en quelques lignes, ce que signifie ce mouvement d’indépendance pour mes compatriotes. Même s’il fut réprimé violemment par les autorités japonaises, le sacrifice des nos ancêtres ne fut pas vain. En guise de conclusion, je voudrais vous présenter cette citation de Han Kang, la lauréate du prix Nobel de littérature 2024 : « Est-ce que les morts peuvent sauver les vivants ? » Tous ces martyrs de la liberté, persécutés lors des soulèvements populaires qui eurent lieu dans le pays, vinrent, en effet, sauver la République le soir du 3 décembre 2024 où Yoon déclara la loi martiale.
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